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Actualité du Syndrome Indien

(Délires d’Occidentaux et sentiment océanique) Premières rencontres Franco-Indiennes de Psychiatrie et de Psychanalyse ; New Dehli 02/03/07
Par Régis Airault
Mardi 25 Août 2009à 10:04:38

L’Inde rendrait-elle fou ? Je me suis posé la question lors de mon séjour en tant que médecin du consulat de France à Bombay (Mumbai) dans les années 1985-86 , après avoir constaté l’existence d’un véritable "syndrome indien" touchant les Occidentaux – pour la plupart des adolescents et des jeunes adultes – qui vont dans ce pays.


Ici plus qu'ailleurs, et de manière plus spectaculaire, il semble que notre identité vacille.

Des personnes jusque là indemnes de tout trouble psychiatrique, et n'ayant consommé aucune drogue, éprouvent soudain un sentiment d'étrangeté et perdent contact avec la réalité. Plus curieux : ces troubles sont presque tous sans lendemain. Même dans les conditions les plus dramatiques, de retour chez lui, le voyageur semble en garder un bon souvenir. Et quelques mois ou quelques années plus tard, il n'a souvent plus qu'une idée en tête : revenir en Inde…

Qu'est-ce qui attire les jeunes en Inde ? Pourquoi sommes-nous si fragiles là-bas ? Et que nous apprend sur nous-même cette expérience qui, de l'aveu de ceux qui l'ont vécue, transforme en profondeur la vision que nous avons du monde ?

A mon avis la réponse est à chercher du côté du sentiment océanique, ce « sentiment d'union indissoluble avec le grand tout et d'appartenance à l'universel » dont Freud parle au début de Malaise dans la civilisation. En Inde, le voyageur se sent littéralement absorbé par une autre réalité où tout paraît possible, où tous les fantasmes semblent pouvoir se réaliser. La tentation est grande, alors, de lâcher prise, de se laisser phagocyter par celle que l'on appelle Mother India…

Tous ces troubles seront illustrés par le documentaire de 52 minutes que nous allons projeter : «le syndrome de l'Inde, sur la route du soi ».

La question que je pose ici est la suivante : les épisodes d'allure psychotique qui ne sont pas dus : au choc culturel ( à l'arrivée dans le pays ), à un voyage pathologique, (patient porté en Inde par son délire ou patient toxicomane), à un voyage thérapeutique , ( patient présentant des troubles avant son départ qui vient se soigner en Inde ), d'où le terme de Voyage Pathogène, (que l'on peut définir comme une Bouffée Délirante Aigue déclenchée par le voyage , à l'occurrence en Inde), ne peuvent ils pas avoir valeur initiatique dans une société occidentale qui laisse de moins en moins de place à l'imaginaire, à un espace de liberté- une aire de jeu au sens de Winnicott- dès que l'on sort des chemins traçés par les médias ( TV , cinéma , DVD , informatique, internet...).ou l'individu est de plus en plus formaté ,( ambiance Matrix ou 1984 ). Ce bain d'humanité que représente le voyage en Inde ( ou on peut se sentir comme un poisson dans l'eau, mais aussi comme un poisson hors de l'eau …) ne nous permet pas seulement d'échapper au carcans de notre culture mais aussi de toucher du doigt le Mysticisme . Mysticisme qui suinte de tous les interstices de cette terre que l'on appelle Mother India , ou rien n'est objet , mais tout est Divin, et donc « Workshippé »,( Adoré ), jusqu'à la Nation .

Cette sensation d'ouverture au Divin, « le Sentiment Océanique » décrit par Ramakrishna, puis Romain Rolland ou Freud , peut ètre ressentie ailleurs qu'en Inde mais pas avec une telle ampleur (et par un aussi grand nombre d'individus).

Je viens de vivre 5 ans sur une Ile Africaine et Française en pleine nature , l'Ile de Mayotte , située entre Madagascar et l'Afrique de l'Est et je n'ai jamais ressenti cette sensation « océanique » au milieu de l'océan comme sur cette terre Indienne : C'est quand meme étrange… Et tous les voyageurs au long cours vous le diront , mais le plus souvent hésiteront (avec raison) avant d'en parler à leur psychiatre ou à leur psychanalyste : il se passe des choses étranges en nous lors du Voyage en Inde . De la simple exaltation à l'explosion intérieure, et c'est tant mieux. …Et tant que vous n'aurez pas fait (ou effleuré ) cette expérience d'extase sauvage ( M. Hullin ) non cadrée par la religion, vous pourrez vous réfugier derrière l'alibi de la drogue ou/et le diagnostique de la psychose ou le nommer « the Indian's travellers bound syndrome »( ITBS) pour ceux qui aiment bien mettre les choses en boite…

Alors écoutons simplement nos patients voyageurs raconter leurs expériences Indiennes même si c'est parfois par accident qu'ils sont allumés , ( dirait le Dr Jacques Vigne) , illuminés, quand la « Kundalini » s'éveille et qu'ils font cette expérience d'extase sauvage .

Chaque culture semble désigner à ses membres un lieu ou il est plus facile de décompenser qu'ailleurs.

Pour l'occident c'est l'axe oriental :

  • Sur les chemins du Grand Tour en Italie avec Le Syndrome de Stendhal,(du nom de l'écrivain qui a décrit cet état d'exaltation déclanché par la beauté des œuvres d'art à Florence et qui a été décrit par la Psychiatre Graziella Magarini),
  • Du Christianisme et des croisés avec le Syndrome de Jérusalem, (délire mystique déclenché par le séjour à Jérusalem),
  • De l'Inde, le Syndrome Indien, sur les traces de Marco Polo et de nos rèves d'enfants ;rèves qui nous portent également vers un autre fantasme occidental : celui de l'ile déserte, et de la robinsonnade aux antipodes de la civilisation,( syndrome de Hawai , de Tahiti, ou syndrome insulaire )
  • Pour les Japonais ce sera la France avec le Syndrome des Japonais à Paris ( car ils ont les moyens de se payer un Syndrome …).

Quand aux ressortissants de nos ex-colonies Africaines ou Asiatiques que l'on nomme immigrés on ne mettra en avant que les raisons économiques pour expliquer un tel flux migratoire vers la Mère Patrie…

Pour en finir avec cet inventaire je ne ferais qu'évoquer le Syndrome de la Mècque avant d'avoir une Fatwa mais je suis sur que les exemples sont encore nombreux…

L'auteur

Régis Airault est l'auteur de « Fous de l’Inde, Délires d’occidentaux et sentiment océanique », Paris, Editions Payot, 2000 ; Edition Poche, 2002.

Régis Airault raconte dans son livre Fous de l’Inde paru aux éditons Payot comment, de Bombay à Goa, il a aidé ces voyageurs à la dérive, les accompagnant dans un parcours initiatique qui pourrait bien être celui du passage à l’âge adulte. Psychiatre il a exercé au Consulat de France à Bombay, puis a effectué de nombreux rapatriements sanitaires pour le compte d’une compagnie d’assurances.Il a ensuite mis en place et dirigé pendant 10 ans, au Centre Hospitalier de Longjumeau, l’unité d’écoute, d’orientation et de situations de crise, spécialisée dans la prise en charge des adolescents suicidaires. Médecin chef à Mayotte de septembre 2001 à septembre 2006 il a créé le premier secteur de santé mentale dans cette île jusque là vierge de toute psychiatrie. Il exerce actuellement comme Praticien Hospitalier dans le 17ème arrondissement de Paris.

© Malango Actualité - Reproduction et diffusions strictement interdites sauf accord écrit

 


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