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Ali Madi est une personne qui existe dans la réalité. Il vit à Djoiezi, Mohéli. Il est un homme sage, un homme d’une grande sagesse, et pour cause: il n’a jamais accepté que la politique interfère dans sa vie familiale. Membre de l’Ujamaa dirigé alors par Mohamed Hassanaly, il votait toujours pour les Blancs, la Gauche, tandis que feue son épouse, pour d’évidentes raisons claniques, avait une prédilection pour les Verts (conservateurs). Aucune discussion politique n’a jamais eu lieu au sein du couple car l’époux connaissait les choix de l’épouse et les savait irréversibles, et l’épouse savait pour qui votait et roulait l’époux et que cela n’allait pas changer, les choix des deux divergeant, mais sans provoquer de psychodrame au sein de la famille.
Or, que voyons-nous aujourd’hui, quand on constate que chaque élection provoque de véritables divisions et batailles rangées au sein des familles. Pendant des années, des gens de la même famille ne s’adressent pas la parole car certains ont choisi le camp politique que d’autres exècrent. Allez comprendre…
Début octobre 2010, alors que je faisais calmement mes courses au Marché de Fomboni, Mohéli, un ami m’a fait l’observation suivante: «Pour la paix des familles et des ménages, il faudra supprimer les élections car elles sont devenues un facteur de division et d’inimitiés au sein des familles et même de certains ménages. L’avantage avec la dictature, c’est qu’il n’y a pas d’élections, et même quand on en organise, c’est juste pour la forme et la frime, une véritable mascarade qui n’oppose personne à personne. Or, regarde ce qui nous arrive aujourd’hui, avec ces familles déchirées, mutilées, divisées, ravagées par nos politiciens, dont certains sont de pacotille. Et si on supprimait tout simplement la politique. Ah! Comme on vivrait mieux sans cette calamité de politique, et cette damnation qu’on appelle élection!». Je croyais qu’en parlant de la suppression de la politique et des élections aux Comores, mon ami plaisantait. Or, il était sérieux comme un pape, un pape plus à l’image de Benoît XVI que de Jean-Paul II.Passé ce premier moment d’effarement, j’ai dû écouter l’argumentaire de mon ami, et ce qu’il dit n’est pas si fou que ça.À Djoiezi, il va y avoir un véritable champ de ruines. Tous les ingrédients pour une foire d’empoigne sont réunis. En effet, Mohamed Larif Oukacha et Ikililou Dhoinine, tous deux candidats, sont cousins. Sous Sambi, c’est Ikililou Dhoinine qui a ouvert les portes gouvernementales et celles du secrétariat général de la Présidence de l’Union des Comores à Mohamed Larif Oukacha, mais ce dernier n’a pas accepté qu’Ikililou Dhoinine – son bienfaiteur – soit désigné comme candidat officiel de la Mouvance présidentielle. Plus grave, avant l’entrée en politique, d’Ikililou Dhoinine (en 2006), c’est dans la demeure familiale d’Ikililou Dhoinine que se préparaient les campagnes électorales de Mohamed Larif Oukacha. Quand ce dernier est en déplacement en France – ce qui lui arrive souvent – ce sont les sœurs d’Ikililou Dhoinine qui organisent son accueil sur place, l’esprit de famille étant prédominant. Et si les deux candidats se rendaient en France au cours de cette campagne électorale à la même date? D’où la question suivante: comment sera géré le désordre que va déclencher cette élection présidentielle de 2010, qui doit porter à la présidence de la République un Mohélien alors que déjà à Djoiezi, au sein de la même famille, deux cousins vont devoir s’étriper et, s’ils ne le font pas eux-mêmes, leurs lieutenants respectifs vont se charger de faire parler la poudre?
Et comme si cela ne suffisait pas, Hamada Madi Boléro est venu y ajouter son grain de sel. Celui qui est considéré par un observateur djoiezien comme un «demi-candidat» à Djoiezi car il est né à Boingoma et a passé ses années de collège et une partie de ses années de lycée à Djoiezi, où il s’est marié, a pour épouse une cousine… de Mohamed Larif Oucacha. Soit dit en passant, Ikililou Dhoinine et Hamada Madi Boléro appartiennent à la même promotion, ont été dans la même classe, du collège au lycée. Alors, comment toute cette folie électorale sera-t-elle gérée à Djoiezi?
C’est connu, Soilihi Mohamed est l’un des doyens de la classe politique comorienne. Il est à tu et à toi avec tous les présidents comoriens. Il est l’un des caciques de la Mouvance présidentielle, contre laquelle se bat son neveu Hamada Madi Boléro, qu’il ne soutient donc pas, puisque son candidat, c’est Ikililou Dhoinine. Or, pendant des années, il a été le plus grand mentor, protecteur d’Oukacha, dès que ce dernier s’était mis à trahir son île natale et son parti politique, sa principale activité politique. En d’autres termes, le choix du doyen Soilihi Mohamed relève de la dramaturgie.Fin observateur, mon ami me fait remarquer qu’à Fomboni Centre Abdourahamane Ben Cheikh Achiraf, ministre d’État chargé des Élections, n’a pas fait dans la dentelle non plus, ni dans la facilité, lui dont le frère, Saïd Mohamed Ben Cheikh, est le colistier de Saïd Dhoifir Bounou, a eu l’extravagance de choisir un autre candidat. Mon copain a eu une pensée particulière pour un autre membre de la famille, Charaf Ben Cheikh, vivant en France, fervent acteur du Printemps de Mohéli pour Mohéli-2010, qui doit sûrement soutenir son frère Saïd Mohamed Ben Cheikh, mais dont l’épouse est la nièce de Fouad Ben Mohadji (un des adversaires les plus farouches de la tenue de l’élection présidentielle à Mohéli en 2010), le colistier d’Ikililou Dhoinine.
Autres détails croustillants et savoureux, il se trouve qu’Abdourahamane Ben Cheikh Achiraf, alors chef de la délégation mohélienne lors des négociations sur l’organisation de l’élection présidentielle en 2010 à Mohéli, et Fouad Ben Mohadji, membre la délégation gouvernementale à cette même négociation, ont failli en venir aux mains et se battre comme de chiffonniers, alors qu’ils sont cousins par alliance. Effectivement, leurs épouses respectives sont sœurs (de même père et de même mère), et, cruelle ironie du sort, elles sont les sœurs d’Idaroussi Allaoui, directeur du cabinet d’Ikililou Dhoinine, et du candidat Abdoulhakime Ben Allaoui. Ouf!
Et comme un malheur arrive rarement seul, il se murmure et se chuchote à Fomboni, que c’est à la demande pressante et intéressée d’Ahmed Elarif Hamidi, conseiller à la Cour constitutionnelle (nommé par Fazul), que l’inéligibilité de Saïd Mohamed Ben Cheikh (vice-président de Said Dhoifir Bounou) avait été soulevée par la Cour. Oui, on en est là. Or Ahmed Elarif Hamidi est à la fois le beau-frère de Mohamed Saïd Fazul (marié à sa sœur) et beau-père de Saïd Mohamed Ben Cheikh (marié à sa nièce). Dans la logique d’Ahmed Elarif Hamidi, une fois le gendre déclaré inéligible, la famille n’aurait pas le choix et aurait soutenu Mohamed Saïd Fazul, même en se bouchant le nez et en portant une tenue de deuil. Entretemps, l’autre frère Hamidi, Mohamed Salami, en l’occurrence, un fervent défenseur de Mohéli-2010, roule déjà pour un autre candidat, Mohamed Hassanaly, qu’une partie de la famille Hassanaly ne soutient pas!!! C’est de la folie.Bien plus, l’épouse d’Omar Hassanaly, doit être bien embarrassée puisque son frère Saïd Mohamed Ben Cheikh est candidat face à son beau-frère Mohamed Hassanaly, à Fomboni-Centre. Dans la même logique familiale, l’épouse d’Aboubacar Allaoui – frère du Docteur Abdoulhakim Ben Allaoui et de Idaroussi Allaoui – doit elle aussi se trouver dans la même situation cornélienne, puisque son frère Mohamed Hassanaly, s’est lui aussi engagé dans la bataille.
Et, ce n’est pas fini. Idarousse Allaoui est le Directeur de Cabinet d’Ikililou Dhoinine, comme indiqué ci-haut. De ce fait, il est impliqué dans la campagne électorale de ce dernier. Mais, voilà que son grand frère, le Docteur Abdoulhakim Ben Allaoui, s’est porté candidat à la présidence de la République. Bonjour les dégâts en famille.
Un tantinet plus vicieux que compatissant, mon copain me fait la petite remarque assassine suivante: «Quand il sermonnait notre Président Sambi, comme on le fait pour un gamin de 8 ans pris la main dans un pot de confiture, Abdelaziz Riziki Mohamed devait avoir une pensée pour Ikililou Dhoinine, vice-président de Sambi et marié à la petite sœur de Madame Riziki Mohamed». Comment ne pas devenir fou quand on pense à tout ça?Chez nous à Boingoma, on ne serait pas fâché de voir l’un des enfants de la ville devenir président, donc, soit Hamada Madi Boléro, soit Mohamed Saïd Fazul. Là aussi, les conflits ont commencé. Les invectives pleuvent. Les noms d’oiseaux sont remis au goût du jour. Les vieilles rancœurs refont surface. Les partisans de l’un et ceux de l’autre se regardent en chiens de faïence. Ah! Qu’elles étaient paisibles les années de dictature!À Nioumachioi, le Gouverneur Mohamed Ali Saïd devait soutenir un autre enfant de la ville, le cousin Bienrifi Tarmindhi. Or, on ne sait par quelle fantaisie électoraliste – mais, bien sûr, nous le savons –, il a pris fait et cause pour son ennemi d’hier, Mohamed Saïd Fazul. Cependant, là-dessus il faut être méfiant car personne ne ressemble à Mohamed Ali Saïd que Mohamed Saïd Fazul (même une partie de leurs noms respectifs) car ces deux apprentis sorciers ont un point commun: la médiocrité. Qu’on se le dise. Et surtout qu’on se rappelle l’an de grâce 2007, quand les deux lascars s’étaient retrouvés au second tour de l’élection du président de l’île, poussant le bon peuple de Mohéli, jamais avare en quolibets et lazzis au détriment de ceux qu’il a choisi d’élire de manière tout à fait libre, de les traiter de la manière la plus méprisante. À cette époque, dans un manque total de charité et de compassion, les Mohéliens avaient dit qu’ils étaient tombés de Charybde en Scylla et qu’ils avaient à choisir entre la peste et le choléra, sans entrer dans d’inutiles détails, puisqu’ils n’avaient pas dit qui était la peste et qui était le choléra, chacun des deux candidats pouvant être et étant effectivement l’une et l’autre. Mais, ce sont eux-mêmes qui avaient choisi cette peste et ce choléra? Espérons que cette fois-ci, ils vont éviter d’élire des candidats folkloriques comme Mohamed Saïd Fazul, malgré le soutien apporté par l’autre larron à ce dernier.À Nioumachioi, on compte 3 candidats pour le poste de gouverneurs. Ces candidats ont des liens de famille qui vont rendre irrespirable l’air de cette ville du Sud mohélien.Allons-nous faire comme s’il n’existait pas des liens de parenté entre le candidat Abdou Djabir et la belle-mère de Mohamed Saïd Fazul?
On l’aura compris: les trois principales villes de Mohéli – Fomboni, Djoiezi et Nioumachioi – sont devenues des cocottes-minutes surchauffées, prêtes à imploser, et elles vont imploser. Elles implosent déjà.
Bon. De toute façon, comme l’avait dit Jean-Miché Kankan, «bagarrez-vous sans déchirer les habits». Cette élection ne doit pas tout déchirer, et on pensera longtemps aux sarcasmes de Karl Marx, quand il disait: «Saint Suffrage Universel, priez pour nous». Tiens! Et comment ne pas penser à l’ancien président Ahmed Abdallah Abdéréhemane qui nous a légué une de ses formules charnelles, qu’il affectionnait tant: «Mbé Kayili Mbé – Un bovin ne dévore pas un autre bovin». Nous autres on l’aura compris, ces gens là sont tous de la même famille.
Demain quand l’un d’entre eux sera élu ils se retrouveront et feront comme si de rien n’était. Demain, l’hypocrisie prévaudra, et certains mangeront aux râteliers de leurs ennemis d’hier et célébreront de nouvelles noces familiales. Pourvu que la paix et la sérénité reviennent à Mohéli.
Saïd Hamada
Boingoma Mohéli
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