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“Il m’a accueilli avec un bouledogue”
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La somme de 5.000 euros remise par Jean L’Huillier n’a pas été choisie au hasard. Elle correspond à deux mensualités impayées d’un prêt bancaire contracté par Aly Mohamed au moment des faits. Selon ce dernier, c’est L’Huillier lui-même qui, en tant qu’ami, aurait proposé de lui avancer la somme. “Il devait me faire un chèque contre 4 chèques de 1.250 euros” a détaillé Aly Mohamed, précisant qu’il s’agissait d’une initiative de son “ami”. Ce n’est qu’au moment de la transaction que du liquide serait apparu. “Pourquoi l’avoir accepté ?” questionne la juge. “J’avais peur pour ma vie” répond Aly Mohamed, qui rapporte que L’Huillier l’avait, ce jour-là, accueilli avec un bouledogue en laisse et qu’il le savait armé. Reste à savoir comment il pouvait être au courant de ces difficultés financières. Pour L’Huillier, c’est tout simplement Aly Mohamed qui l’en a informé. Ce que dément ce dernier. “Comment pouvait-il savoir ?” interroge alors la juge. “ça, je ne le sais pas” répond l’accusé. Son avocat, en revanche, a une idée un peu plus précise. Lorsque, dans ses auditions, L’Huillier parle de la Smart, il cite un rapport sur la société, nommé “rapport Nardin”. “Il a accès aux documents secrets de la préfecture !” sétonne donc Me Akhoun. Aussi, selon lui, pouvait-il très bien se procurer des informations sur la situation bancaire de l’homme qu’il entendait piéger. |
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C'est une affaire qui remonte au 12 février 2007 que le Tribunal de Mamoudzou devait juger lundi. Qui plus est, une affaire qui avait fait grand bruit puisqu'elle met directement en cause le Directeur général administratif du conseil général, Aly Mohamed, qui avait purgé 28 jours de détention provisoire au moment des faits. Il faut dire qu'à première vue, tout semble accabler l'accusé. A l'époque, Jean L'Huilier, direc-teur d'une entreprise de démé-nagement dans l'île, a l'ambition de créer un parc d'attraction dans la commune de Koungou. Le projet est de grande envergure : le coût global de l'opération est estimé à quelque 5,4 millions d'euros. Aussi sollicite-t-il l'aide du conseil général pour obtenir des subventions, à hauteur de 1,1 million d'euros. Au conseil géné-ral, c'est à Aly Mohamed qu'il s'adresse. Ce dernier est en charge du développement, mais en plus, les deux hommes sont alors "amis". Ce qui, selon Jean L'Huillier, n'a pas empêché Aly Mohamed de lui réclamer 5.000 euros en liquide, "pour que le dossier ne se perde pas dans les rouages de l'administration". La gendarmerie filme la scène L'accusation est grave. Il s'agit tout bonnement de trafic d'influence, "une accusation voisine de celle de corruption" a signalé le procureur Philippe Faisandier. Le 12 février 2007, L'Huillier invite donc Aly Mohamed à venir dans son bureau de la zone Nel de Kawéni, pour, selon lui, effectuer la transaction. Entre-temps, il a averti la gendarmerie, qui a disposé des caméras dans le bureau en question afin de filmer la scène. Et les images enregistrées ce jour-là paraissent à première vue affligeantes pour Aly Mohamed : on y voit le DGA du conseil général discuter avec sa "victime", avant de saisir les 5.000 euros en liquide, de les mettre dans une enveloppe et de partir avec. Pour le procureur Faisandier, la culpabilité du DGA ne fait donc aucun doute. "Quand on occupe de hautes fonctions comme celle d'Aly Mohamed, on le fait pour servir, pas pour se servir. Plus on est élevé dans la hiérarchie, plus on doit être irréprochable" a-t-il ajouté. Il réclame un an de prison avec sursis, trois ans de mise à l'épreuve, deux ans d'interdiction d'exercer ses fonctions dans une administration publique et 20.000 euros d'amende. La défense, pourtant, a laissé planer de très sérieux doutes sur la culpabilité réelle du prévenu. Alors que ni l'avocat ni Jean L'Huillier n'étaient présents lors du procès, Maître Akhoun, le défenseur d'Aly Mohamed, s'est appliqué à mettre en doute les accusations. "Ce n'est pas une victime idéale" Il s'est d'abord attardé sur la personnalité des deux protago-nistes : d'un côté son client, dont l'honnêteté semble reconnue dans toute l'île. De l'autre, Jean L'Huillier, un personnage qui ne ressemble "pas à une victime idéale" selon l'avocat, revenant sur le passé de celui qui a notam-ment dû purger une peine de prison pour avoir tiré un coup de feu sur le bâtiment d'un transi-taire, concurrent direct de son entreprise. Ce caractère pour le moins trempé confortait la version défendue par son client : "Dans son bureau, je me suis senti menacé. J'ai pris l'argent pour sauver ma vie" a expliqué Aly Mohamed à la barre. "Au départ, il ne devait s'agir que d'un prêt personnel, en chèque, puisque j'avais quelques difficultés financières dont il avait appris l'existence sans que je sache comment. En me rendant à son bureau, j'allais à la rencontre de mon ami". Autre fait mis en avant par Me Akhoun, le peu d'influence que pouvait avoir Aly Mohamed dans le dossier du parc d'attractions. En effet, le projet était d'abord suspendu à une décision de la Direction de l'Equipement, qui devait, ou non, accorder une AOT sur le terrain destiné à accueillir le parc. "Il n'a pas instruit le dossier" Autrement dit, dans l'attente de la décision de la DE et de la préfecture concernant cette AOT, "Aly Mohamed n'a jamais eu à instruire le dossier". "C'est un coup monté, une machination !" a clamé Me Akhoun. La raison de cette machination, il faut la chercher du côté de l'activité principale de l'accusateur : transitaire. Alors que la Smart, entreprise d'acconage de Mayotte, se trouve à cette époque dans une situation financière catastrophique, le conseil général est intervenu pour la sauver, notamment en la subventionnant. Et le bruit circule alors qu'Aly Mohamed s'est occupé personnel-lement du dossier pour trouver une solution et restructurer la boite. Or L'Huillier lorgnait sur une des activités de la Smart, celle du transport, et voulait se positionner sur le marché si l'entreprise venait à disparaître. Aly Mohamed suggère donc que L'Huillier, à travers le piège qu'il lui a tendu, a voulu se venger de ce sauvetage. L'affaire a été mise en délibéré. Verdict le 8 septembre. N.B.
(Source : Malango Actualité) |