Le Conseil général recrute 293 agents en une séance !
Le piège politique tendu par Said Omar Oili s’est refermé sur les élus de la Collectivité : aucun n’a eu le courage de refuser l’intégration des 293 agents qui posaient problème…
Les premières mesures de réduction de la masse salariale anéanties par un vote
© A.L./Malango
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Un peu dans le style Men in black, lunettes de soleil à poste et suivi d’un agent de sécurité depuis qu’il s’est fait agresser au marché il y a quelques semaines, notre président Daniel Zaïdani arrive une heure en retard (il doit y avoir un fuseau horaire entre Mamoudzou et Pamandzi…) et, sans un mot d’excuse, lance la séance plénière qui devait enfin voir le vote de la loi de finances qui couvre les modifications du code général des impôts applicable depuis le 1er janvier 2012.
Mais la séance tournait autour d’un point Central : la note sur la maitrise des effectifs et de la réduction de la masse salariale. Il semble que les Conseillers généraux aient enfin compris que sans cette réflexion, point d’évolution positive de la Collectivité : « la masse salariale est passée de 40 millions à 88 millions d’euros en 7 ans ! » s’exclamait Daniel Zaïdani. C’est le fameux audit des ressources humaines, des finances et de la commande publique, élaboré par le cabinet Mensia qui sert de point de départ d’une nouvelle politique de l’emploi au sein du Conseil général, enfin présentée comme telle. Car si Daniel Zaïdani avait eu un discours ferme « je ne licencierai pas ! », la phrase en elle-même pouvait être le début d’une réflexion. Sera-t-elle suivie des faits ? Le déroulé de la séance en décidera autrement…
En tout cas le diagnostic est porté sur la voix publique par Mensia, et repris par le président Zaïdani dans sa note : « des effectifs trop importants et inadaptés aux missions du Conseil général ». Le Conseil général emploi 3.050 agents avec une surreprésentation des métiers fonctionnels (gardiennage, ménage) et une sous représentation des métiers opérationnels : « il est frappant que la Direction générale administrative solidarité et développement social ne concentre que 17% des agents payés du Conseil général » nous dit le rapport Mensia, « alors qu’elle porte la principale compétence d’un Conseil général ». Ces effectifs devraient représenter un tiers de l’ensemble… Et ce n’est pas faute pour divers acteurs mahorais, dont la presse, d’avoir en permanence interpelé le Conseil général sur la faiblesse de son budget alloué au social et à l’enfance en danger…

Camille Abdullahi reprochait au président le recrutement des 33 cadres
La Collectivité plombée par des man½uvres politiques métropolitaines et mahoraises…
D’autre part, les agents de catégories C sont surreprésentés : « 78% des effectifs départementaux, contre 50% en moyenne dans les départements français en 2007 » ainsi que les contractuels, « 37% des effectifs contre 13,4% dans les autres départements », et « dont 87% ont moins de 45 ans ». Des contractuels, « plus de mille au total » qui auraient du être intégrés au 31 décembre 2010, et dont Said Omar Oili, conseiller général de Dzaoudzi Labattoir, comme Jacques Martial-Henry, conseiller de Mamoudzou 3, émettaient, pour des raisons différentes, un v½ux sur leur intégration, du moins les 283 catégories C, dans la fonction publique.
Said Omar Oili avait en effet été attaqué par Raos, conseiller de Koungou, (voir Malango « Contractuels enjeux de la campagne » du 24 janvier 2012), qui bien que dans la majorité comme lui, mais pas encore en campagne pour les législatives contrairement à son collègue, lui demandait pourquoi il avait fait partie des votants pour le renouvellement de ces contrats le 22 novembre 2010. Ce vote, sous la mandature Douchina, avait plombé les espoirs que la Collectivité assainisse ses finances, et le contrôle de légalité, exercé par l’Etat de manière non systématique, n’avait pas condamné…
Et ce v½u fut aujourd’hui exaucé : les conseillers généraux ont voté à l’unanimité, Zaïdou Tavanday était sorti de l’hémicycle, l’intégration des agents de catégorie C et la transformation des catégories A et B en Contrat à durée indéterminée ! A quelques mois des élections, aucun n’a pris le risque d’aller à l’encontre de cette man½uvre politique ! Car pour Said Omar Oili, c’est un règlement de compte contre l’attaque de Raos à laquelle Daniel Zaïdani n’avait pas réagi.
Et le conseiller de Labattoir ne s’en cache pas lorsque nous lui soumettons nos inquiétudes sur l’anéantissement des efforts de la Collectivité : « je suis en campagne pour les législatives ! » avant de revenir sur les efforts déjà consentis : « nous avons diminué la masse salariale de 10 millions d’euros » comme l’avait signalé Ibrahim Aboubacar, président de la commission des finances un peu plus tôt, « et si la Chambre régionale des Comptes avait tablé sur une économie de 11 millions, nous y tendons avec le vote sur la réduction de nos indemnités et sur les voyages en classe économique ». D’autre part, Said Omar Oili fait le parallèle entre les conséquences de son v½u et l’absence d’intervention de l’Etat au moyen du contrôle de légalité sur le renouvellement des contractuels « pour faire passer Douchina », ancien président du Conseil général UMP en 2010…
« Said Omar Oili a voulu s’adjuger le monopole du c½ur des agents alors que s’il y a pléthore d’agents de la Collectivité, c’est de son fait » attaque Zaïdou Tavanday, conseiller de Mamoudzou 2.

Said Omar OIli en grand ordonnateur de la séance
Mesures de bonne volonté
Les propositions faites quelques heures auparavant par Daniel Zaïdani et Ibrahim Aboubacar auront donc grandement besoin d’être appliquées : en plus des réductions d’indemnités des élus et des salariés de la Collectivité pour une économie d’un million d’euros, « et d’agents qui n’occupent plus leur poste chiffré à 230.000 euros par an », on dénombre194 agents qui ont plus de 55 ans, « dont 46 de plus de 60 ans, âge de départ à le retraite », et la chasse aux agents qui ne se rendent plus ou peu sur leur lieu de travail « va permettre de licencier ou de rompre des contrats ». Les conseillers généraux regardent toujours du côté de certaines charges qu’ils disent supporter indument pour 4 millions d’euros : « 237 agents sont payés par le département sans y travailler ». Un accord qui n’est toujours pas trouvé avec les services de l’Etat.
Et Daniel Zaïdani, malgré son souhait d’assurer sa responsabilité sociale, « le Conseil général employant plus de 8% des Mahorais ayant un emploi », se dit dans l’obligation, si l’objectif de baisse de 4 millions d’euros de la masse salariale n’est pas atteint, « de réduire le nombre de contractuels de ce département »… « les intégrations directes gratuites, ce n’est pas notre gouvernance » disait-il quelques heures avant le vote d’intégration des catégories C, mais en ayant essayé sans succès de remettre ce vote à plus tard.
Ibrahim Aboubacar faisait remarquer qu’en tout état de cause, il fallait réaliser que Mayotte avait désormais les compétences de département et de région, et que « les licenciements étaient évitables en repositionnant les effectifs sur les missions d’intérêt général comme l’entretien des voieries ».
Thomas Degos signale par ailleurs qu’une mission arrive le 18 février de Paris pour passer à la loupe les engagements de la Collectivité, et, ainsi que l’annonçait Daniel Zaïdani, « signer une nouvelle Convention de restructuration ». A noter que la précédente n’avait pas du tout été suivie par ses prédécesseurs…
A.L.
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