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Dans le numéro 420 de La lettre de Malango
Mayotte
Politique

Le Conseil général recrute 293 agents en une séance !

Par Annette Lafond
Mardi 31 Janvier 2012à 21:45:37

Le piège politique tendu par Said Omar Oili s’est refermé sur les élus de la Collectivité : aucun n’a eu le courage de refuser l’intégration des 293 agents qui posaient problème…

Les premières mesures de réduction de la masse salariale anéanties par un vote
© A.L./Malango

Un peu dans le style Men in black, lunettes de  soleil à poste et suivi d’un agent de sécurité depuis qu’il  s’est fait agresser au marché il y a quelques semaines, notre  président Daniel Zaïdani arrive une heure en retard (il doit y  avoir un fuseau horaire entre Mamoudzou et Pamandzi…) et, sans un  mot d’excuse, lance la séance plénière qui devait enfin voir le  vote de la loi de finances qui couvre les modifications du code  général des impôts applicable depuis le 1er janvier 2012.

Mais la séance tournait autour d’un point  Central : la note sur la maitrise des effectifs et de la  réduction de la masse salariale. Il semble que les Conseillers  généraux aient enfin compris que sans cette réflexion, point  d’évolution positive de la Collectivité : « la  masse salariale est passée de 40 millions à 88 millions d’euros  en 7 ans ! » s’exclamait Daniel Zaïdani. C’est le  fameux audit des ressources humaines, des finances et de la commande  publique, élaboré par le cabinet Mensia qui sert de point de départ  d’une nouvelle politique de l’emploi au sein du Conseil général,  enfin présentée comme telle. Car si Daniel Zaïdani avait eu un  discours ferme « je ne licencierai pas ! »,  la phrase en elle-même pouvait être le début d’une réflexion.  Sera-t-elle suivie des faits ? Le déroulé de la séance en  décidera autrement…

En tout cas le diagnostic est porté sur la voix  publique par Mensia, et repris par le président Zaïdani dans sa  note : « des effectifs trop importants et inadaptés  aux missions du Conseil général ». Le Conseil général  emploi 3.050 agents avec une surreprésentation des métiers  fonctionnels (gardiennage, ménage) et une sous représentation des  métiers opérationnels : « il est frappant que la  Direction générale administrative solidarité et développement  social ne concentre que 17% des agents payés du Conseil général »  nous dit le rapport Mensia, « alors qu’elle porte la principale  compétence d’un Conseil général ». Ces effectifs  devraient représenter un tiers de l’ensemble… Et ce n’est pas  faute pour divers acteurs mahorais, dont la presse, d’avoir en  permanence interpelé le Conseil général sur la faiblesse de son  budget alloué au social et à l’enfance en danger…

Camille Abdullahi reprochait au président le recrutement des 33 cadres

La Collectivité plombée par des man½uvres  politiques métropolitaines et mahoraises…

D’autre part, les agents de catégories C sont  surreprésentés : « 78% des effectifs départementaux,  contre 50% en moyenne dans les départements français en 2007 »  ainsi que les contractuels, « 37% des effectifs contre 13,4%  dans les autres départements », et « dont 87% ont  moins de 45 ans ». Des contractuels, « plus de  mille au total » qui auraient du être intégrés au 31  décembre 2010, et dont Said Omar Oili, conseiller général de  Dzaoudzi Labattoir, comme Jacques Martial-Henry, conseiller de  Mamoudzou 3, émettaient, pour des raisons différentes, un v½ux sur  leur intégration, du moins les 283 catégories C, dans la fonction  publique.

Said Omar Oili avait en effet été attaqué par  Raos, conseiller de Koungou, (voir Malango « Contractuels  enjeux de la campagne » du 24  janvier 2012), qui bien que dans la majorité comme lui, mais pas  encore en campagne pour les législatives contrairement à son  collègue, lui demandait pourquoi il avait fait partie des votants  pour le renouvellement de ces contrats le 22 novembre 2010. Ce vote,  sous la mandature Douchina, avait plombé les espoirs que la  Collectivité assainisse ses finances, et le contrôle de légalité,  exercé par l’Etat de manière non systématique, n’avait pas  condamné…

Et ce v½u fut aujourd’hui exaucé : les  conseillers généraux ont voté à l’unanimité, Zaïdou Tavanday  était sorti de l’hémicycle, l’intégration des agents de  catégorie C et la transformation des catégories A et B en Contrat à  durée indéterminée ! A quelques mois des élections, aucun  n’a pris le risque d’aller à l’encontre de cette man½uvre  politique ! Car pour Said Omar Oili, c’est un règlement de  compte contre l’attaque de Raos à laquelle Daniel Zaïdani n’avait  pas réagi.

Et le conseiller de Labattoir ne s’en cache  pas lorsque nous lui soumettons nos inquiétudes sur  l’anéantissement des efforts de la Collectivité : « je  suis en campagne pour les législatives ! » avant de revenir sur  les efforts déjà consentis : « nous avons diminué la  masse salariale de 10 millions d’euros » comme l’avait  signalé Ibrahim Aboubacar, président de la commission des finances  un peu plus tôt, « et si la Chambre régionale des Comptes  avait tablé sur une économie de 11 millions, nous y tendons avec le  vote sur la réduction de nos indemnités et sur les voyages en  classe économique ». D’autre part, Said Omar Oili fait  le parallèle entre les conséquences de son v½u et l’absence  d’intervention de l’Etat au moyen du contrôle de légalité sur  le renouvellement des contractuels « pour faire passer  Douchina », ancien président du Conseil général UMP en  2010…

« Said Omar Oili a voulu s’adjuger le  monopole du c½ur des agents alors que s’il y a pléthore d’agents  de la Collectivité, c’est de son fait » attaque Zaïdou  Tavanday, conseiller de Mamoudzou 2.

Said Omar OIli en grand ordonnateur de la séance

Mesures de bonne volonté

Les propositions faites quelques heures auparavant  par Daniel Zaïdani et Ibrahim Aboubacar auront donc grandement  besoin d’être appliquées : en plus des réductions  d’indemnités des élus et des salariés de la Collectivité pour  une économie d’un million d’euros, « et d’agents qui  n’occupent plus leur poste chiffré à 230.000 euros par an »,  on dénombre194 agents qui ont plus de 55 ans, « dont 46 de  plus de 60 ans, âge de départ à le retraite », et la  chasse aux agents qui ne se rendent plus ou peu sur leur lieu de  travail « va permettre de licencier ou de rompre des  contrats ». Les conseillers généraux regardent toujours  du côté de certaines charges qu’ils disent supporter indument  pour 4 millions d’euros : « 237 agents sont payés  par le département sans y travailler ». Un accord qui  n’est toujours pas trouvé avec les services de l’Etat.

Et Daniel Zaïdani, malgré son souhait d’assurer  sa responsabilité sociale, « le Conseil général employant  plus de 8% des Mahorais ayant un emploi », se dit dans  l’obligation, si l’objectif de baisse de 4 millions d’euros de  la masse salariale n’est pas atteint, « de réduire le  nombre de contractuels de ce département »… « les  intégrations directes gratuites, ce n’est pas notre gouvernance »  disait-il quelques heures avant le vote d’intégration des  catégories C, mais en ayant essayé sans succès de remettre ce vote  à plus tard.

Ibrahim Aboubacar faisait remarquer qu’en tout  état de cause, il fallait réaliser que Mayotte avait désormais les  compétences de département et de région, et que « les  licenciements étaient évitables en repositionnant les effectifs sur  les missions d’intérêt général comme l’entretien des  voieries ».

Thomas Degos signale par  ailleurs qu’une mission arrive le 18 février de Paris pour passer  à la loupe les engagements de la Collectivité, et, ainsi que  l’annonçait Daniel Zaïdani, « signer une nouvelle  Convention de restructuration ». A noter que la précédente  n’avait pas du tout été suivie par ses prédécesseurs…

A.L.

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