|
S’il y a eu ouverture d’information avec
saisines du juge d’instruction, les enquêtes sur des
interpellations de 2008, 2009 et 2010 ne sont pas encore bouclées.
Nous voulions cependant avoir quelques éclaircissements sur une
affaire récente : l’interpellation musclée par la police le
6 juin dernier de Ramzane Attoumane, un vendeur d’orange rond Point
El Farouk à Kawéni, alors que celui-ci avait précisément appelé
les services de police car agressé par une bande de jeunes résidents
dans le quartier.
La description qui en est faite dans un récit signé
dans le dernier Mayotte hebdo par le dramaturge et romancier Nassur
Attoumani, frère de l’agressé, est éloquente : « coups
de matraque », « les quatre policiers s’emparent
de son corps (.) le shoote comme un ballon de rugby », tenu
en respect par « quatre paires de menottes ». Une
description révoltante et que personne n’a la moindre envie de
subir un jour.
Philippe Faisandier explique que sur cette
interpellation, le vice procureur Yves Dupas avait saisi l’IGPN
alors présent sur l’île. « Les pièces de la procédure
montrent que la relation qui en est faite est tronquée et à charge
contre les services de police. En effet, Ramzane évoque ses
blessures « deux vertèbres cervicales déplacées, une
mâchoire bloquée, deux côtes gauche fêlées, une jambe bloquée »
qu’il met en relation avec les violences policières. Mais il n’y
a pas un mot sur l’agression par la bande de jeunes dont il a été
victime au départ alors qu’il y a eu échange de coups de poing,
qu’il a été ceinturé par un des jeunes etc. qui peuvent être la
cause de ses blessures ».
« Il y aura des sanctions
contre les policiers coupables de violence »
« Plus loin dans le récit il est mentionné
que Ramzane désarme son beau-frère arrivé sur les lieux avec une
machette » poursuit Philippe Faisandier, « mais
l’enquête révèle à l’inverse, que ce sont les policiers qui
ont désarmé son beau-frère par un coup de matraque sur le bras,
faisant tomber la machette que Ramzane aurait ramassé pour menacer
les policiers, ce pourquoi il aurait été maîtrisé. Mais dans
cette affaire, l’enquête se poursuit ».
Tout en appelant à la modération et en déplorant
que le parquet n’ait pas été interrogé dans les différents
articles écrits dans la presse, le procureur poursuit en informant
qu’ « il ne faut pas à l’inverse accuser à tort
la police et la gendarmerie à travers des brulots qui montent la
population contre les forces de police. Ces dernières finissent par
travailler dans des conditions de plus en plus difficiles car
maintenant des attroupements menaçants se forment lors de leurs
interventions ».
A la question de l’existence à Mayotte de
violence policière et de leur traitement, Philippe
Faisandier confirme qu’ « on ne peut exclure que
de telles violences existent. C’est pour cela que j’ai fait appel
aux services des enquêteurs rodés et extérieur au milieu local de
l’IGPN. Les enquêtes ne sont toujours pas revenues et les
conclusions seront données par la justice : des sanctions
seront alors appliquées contre les policiers reconnus coupables de
violences. S’il y a des poursuites pénales, elles seront
publiques, mais s’il s’agit de dénonciations abusives, je me
réserve le droit de poursuivre. Il faut tout de même souligner que
des milliers d’interventions se déroulent sans problème ».
« En conclusion, s’il existe des
violences policières, il faut enquêter et en débattre car il ne
faut pas laisser se perpétrer de telles injustices, mais à l’aide
d’éléments non tronqués ».
A.L.
(Source : Malango Actualité) |