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Les deux Allemagne sont depuis
réunifiées alors qu’elles furent séparées au lendemain de la
deuxième guerre mondiale sur fonds de confrontation entre l’Est
(le bloc communiste à sa tête l’URSS) et l’ouest (bloc
atlantique dominé par les Etats-Unis d’Amérique). Au-delà de la
réunification de l’Allemagne, la chute du mur de Berlin symbolise,
aussi, la fin d’une histoire(Fukuyama) et l’avènement d’un
monde sans frontières.
Le monde s’uniformise (Coca cola),
les échanges se globalisent et le modèle capitalise s’impose
partout comme seul modèle capable de créer de la richesse. Le
modèle démocratique issu des lumières s’universalise et devient
la référence des systèmes politiques des pays développés. Cuba
et la Corée du nord font encore de la résistance alors que la Chine
toujours dirigée de façon autoritaire par un pouvoir communiste dur
se convertit de plus en plus au capitalisme économique au risque de
menacer l’hégémonie économique américaine. La Chine vient,
d’ailleurs, de détrôner les Etats-Unis comme premier pollueur du
monde. Demain, elle sera peut-être la première puissance économique
mondiale après avoir été la première usine du monde.
L'Afrique cherche encore son modèle
de développement après avoir tout essayé dans un contexte de
famine, de guerre civile, de rareté de l’eau et de concurrence des
grandes puissances colonisatrices. Pourtant, le sous-sol africain est
rempli de richesse, hélas exploité par des grands groupes
extérieurs au détriment des continentaux (Areva et l’uranium au
Niger). Le paradoxe est que les Africains sont pauvres alors que
l’Afrique est riche. Quels gâchis ! Après la guerre des
idéologies, le monde est-il en train de se diriger vers une guerre
des religions (Samuel HUNTINGTON « le choc des
civilisations ») ? Que dire du débat sur l’identité
nationale et sur la stigmatisation des musulmans de France, après le
vote Suisse contre les minarets ?
Par ailleurs, d’autres murs
s’érigent ici ou là : le mur séparant Israël et la
Palestine, le mur séparant les deux Corée, le mur séparant les
Etats-Unis et le Mexique, le mur séparant le nord riche et le sud
pauvre et pillé (source d’inégalités et d’immigration
clandestine) et le mur séparant Mayotte et les îles Comores
symbolisé par le grand cimetière du monde qu’est notre lagon. La
fin de l’histoire, peut-être, la fin des frontières,
probablement. Une chose est sûre, avec la crise actuelle, nous
assistons à un repli identitaire, aux développements de pratiques
protectionnistes. Et pendant ce temps, chez nous, à Mayotte, la
population est au bord de l’explosion sociale. Non, Mayotte
n’est pas l’île de Robinson CRUSOE, coupée du monde. Nous
devons tenir compte de cet environnement mondial.
En effet, le monde est en plein
ébullition et pendant ce temps, chez nous, après le vote historique
du 29 mars 2009, il règne sur l’île comme une ambiance d’un
film d’horreur. La population est inquiète. Nous sommes en plein
désarrois, comme déboussolé alors que nous touchons au but. Nous
avons dit oui à la départementalisation de notre collectivité.
Nous avons misé tellement d’espoir à ce nouveau statut jusqu’à
avoir peur de l’avenir, comme tétanisé par l’enjeu. Les
Mahorais stress, nous avons peur.
Nous avons, alors, l’obligation de
réussir cette départementalisation tant attendu dès aujourd’hui
même si celle-ci prendra racine au lendemain du renouvellement du
Conseil général en 2011. Nous devons surtout nous préparer à
exercer de nouvelles compétences dans le cadre d’une assemblée
unique qui aura à la fois les compétences d’un département et
d’une région d’outre-mer. Une expérience unique et première
depuis que la République existe. Mais, hélas, le déficit de la
Collectivité départementale estimée par la chambre territoriale
des comptes à 72 millions d’euros est là pour nous ramener à la
dure réalité. Pire, les manifestations légitimes de Petite terre
marquent aussi la tension sociale qui couve et qui n’attend qu’un
prétexte pour exploser. L’augmentation de 25 centimes d’euros du
ticket de la barge n’est que l’arbre qui cache la misère
sociale. Le malaise social qui règne dans notre île est profond.
L’absence d’un débat contradictoire avant le vote du 29 mars
2009 n’a pas arrangé les choses. L’épisode du comité
territorial du tourisme nous a achevé. Nous connaissons tous nos
maux, mais personne n’osent réellement les évoquer sans que cela
ne soit un sujet de politique politicienne.
Est-il nécessaire de rappeler ici
que notre collectivité départementale, jadis collectivité
territoriale avec comme exécutif départemental le Préfet, a servi
de vache à lait pour l’ensemble des acteurs locaux (communes,
associations, entreprises privées) et ce durant des années. Elle a
même servi les intérêts d’un Etat gendarme (en opposition à
l’Etat providence). Le déficit actuel était facilement prévisible
surtout que le système d’autonomie fiscale de la collectivité n’a
été finalement qu’un piège qui s’est refermé sur nous même.
En effet, s’appuyant sur cette idée d’autonomie fiscale, l’Etat
a fait le minimum considérant que la collectivité de Mayotte
dégageait suffisamment de recettes pour subvenir à ses propres
besoins et qu’elle pouvait partager ce « magot » avec
les communes (FIP) après avoir arrosé le monde de l’entreprise
ainsi que les associations multiples et variées. En même temps,
quand les crédits de l’Etat ne sont pas consommés années après
années alors que les besoins ne manquent pas, il y a de quoi
s’interroger. Passons. N’oublions pas que le contexte de Mayotte
est unique dans son genre. Les communes ainsi que les établissements
publics qui leur sont rattachés (SMIAM, syndicat des eaux, SIVOM,
SICTOM) ne bénéficient pas de recettes propres puisqu’il n’y a
pas de fiscalité locale à partager. Se posera un jour, dans le
cadre de la répartition des nouvelles recettes fiscales locales, la
question de la nécessité économique (ou non) et de la fiabilité
de ces syndicats sous leur forme actuelle. Mais cela est un autre
problème. Il n’y a pas de taxe professionnelle (actuellement en
cours de réforme et qui sera remplacée par une cotisation
économique territoriale), pas de taxe foncière bâtie et non bâtie
(très peu sous une forme particulière), et pas de taxe
d’habitation. Les dotations de l’Etat (DGF, DGE) remplissent
toutes les fonctions des recettes des communes. Comment peut-on alors
parler de libre administration de nos collectivités territoriales
(principe fondamental de notre République) depuis 2004 alors
qu’elles ne vivent (surtout les communes) que des dotations de
l’Etat ? Elles sont où les ressources propres de nos
collectivités ? Aussi, le Conseil Général tire l’essentiel
de ses recettes sur l’importation qui constitue un piège pour les
consommateurs mahorais par le biais de la hausse des prix. C’est un
serpent qui se mort la queue. Augmenter les taxes douanières pour
plus de recettes ou diminuer ces taxes afin de baisser les prix mais
pour moins de recettes dans les caisses de la CDM ? Déjà nous
mettre dans la situation de choisir entre l’augmentation des
recettes ou la diminution des prix, c’est nous condamner par
avance. C’est d’ailleurs tout le problème de la résorption de
notre déficit puisque si la CDM était une collectivité de droit
commun, elle aurait pu avoir comme leviers d’ajustement, les impôts
locaux. Elle ne peut jouer, au niveau des recettes, que sur les
dotations de l’état et sur l’emprunt. Ses recettes propres sont
très faibles (tickets de barge). Il serait intéressant de pouvoir
disposer d’informations concernant l’épargne nette de notre
collectivité ainsi que sa capacité d’emprunt. En réalité, cette
marge de manœuvre se situe au niveau de la section de fonctionnement
par la réduction des dépenses (les bourses étant l’un des plus
grands postes de dépenses, le personnel aussi). Mais, sans
intervention exceptionnelle de l’Etat dans le cadre d’une
subvention d’équilibre, les marges de manœuvres semblent très
faibles, un an avant les élections. Le plan proposé par la chambre
territoriale des comptes, s’il est totalement adopté par les élus
de la CDM va dans le bon sens même s’il n’arrivera pas à
résorber seul et ce sur cinq ans le déficit.
L’intervention de l’Etat était
alors indispensable car au-delà de la CDM, c’est toute l’économie
mahoraise qui était exposée à la déroute. Les satellites de la
CDM (associations, SEM, GIP) connaîtront le même sort dans les
prochains mois et devront, eux aussi, prendre des mesures non
populaires pour éviter leur mort s’ils ne sont pas déjà dans le
coma. Cette aide de Paris aurait du intervenir dès 2004 assortie
d’un plan de formation et d’accompagnement des élus et des
cadres de la collectivité. Nous avons été lâchés dans la nature
dans un contexte d’apprentissage de la décentralisation. Il vaut
mieux tard que jamais.
Cette aide légitime de l’Etat ne
fait que reporter le problème du déficit de la CDM à une date
ultérieure si aucune mesure ne vient la compléter, notamment par
rapport au niveau de l’endettement. En effet, en y regardant de
près, nous pouvons tirer plusieurs enseignements : il y a
d’abord une donnée sûre qui est le déficit qui s’élève à 72
millions d’euros. En face, l’Etat apporte 10 millions d’euros
pour solder Longoni et 6 millions d’euros en 2010 en subventions
d’investissement versées au titre du fonds exceptionnel
d’investissement. Soit au total 16 millions d’argent frais. L’AFD
vient d’octroyer 2O millions d’euros de prêt au titre du
financement de l’investissement de l’année 2009. Nous passons
alors de 16 millions à 36 millions d’argent frais. Si aucun
effort de réduction des dépenses et d’augmentation des recettes
n’est fait par la CDM et à budget constant, à la fin de l’année
2010, le déficit pourrait être réduit à 42 millions d’euros.
C’est à partir de 2011 que les choses se gâtent puisque l’Etat
ne s’engage qu’à hauteur de 6 millions d’euros. La CDM devra
compter sur le bon vouloir de l’AFD pour lui octroyer un prêt.
Nous parlons bien de prêt, ce qui veut dire qu’il faudra bien le
rembourser un jour ou l’autre en plus des intérêts. Sauf s’il
s’agit d’un cadeau de noël avant l’heure. Quelle est
aujourd’hui la solvabilité de la CDM ? Quelle est aujourd’hui
sa capacité de désendettement ? Les différents prêts
contractés par les CDM (banques, AFD) ne vont-ils pas avoir comme
conséquences demain la hausse des impôts, ou l’augmentation des
tarifs douaniers. N’oublions pas que la visite de la Ministre
chargée de l’outre-mer n’a été possible que parce que les
Petits terriens ont manifesté contre la vie chère. IL faudrait
veiller à ce que les accords d’aujourd’hui qui servent à
sauver notre collectivité ne se transforment pas demain en
augmentation des impôts et surtout des prix. Nous avons commencé,
malheureusement à hypothéquer notre avenir.
Je récapitule : un système
fiscal unique où toutes les recettes perçues par la collectivité
proviennent des taxes douanières, des taxes trop élevées et qui
pénalisent les consommateurs car les produits importés sont trop
chères ; des communes qui survivent par les dotations de l’Etat
et qui n’arrivent pas à dégager une vision à long terme de leurs
projets, l’investissement et donc l’avenir étant sacrifié au
détriment du fonctionnement (charges salariales) ; un Etat qui
fait le minimum alors qu’il faudrait un plan Marshall pour remettre
sur les bons rails l’ensemble de l’île. Le tableau est complet.
Si tout n’est pas remis à plat, les services de l’Etat devront
se renforcer en effectif car c’est la tutelle généralisée qui se
profile à l’horizon aussi bien pour les communes que pour le
conseil général. Le malaise est beaucoup plus profond. Surtout que
le débat sur la fiscalité locale est prévu pour 2013 et sans un
cadastre, nous pouvons toujours philosopher. La réussite de la
départementalisation passe par ce chantier financier et fiscal. Sans
moyens financiers, sans agents formés et compétents, sans
répartition des compétences et des recettes entre les différents
échelons (département, communes, et intercommunalité) tout ne sera
que des paroles. Des actes, un calendrier, une vision à long terme,
c’est ce que nous attendons.
Parlons, maintenant, du déficit de
la CDM. Tout le monde se le renvoie comme une patate chaude alors que
l’Etat à travers ses Préfets successifs qui ont joué le rôle
d’exécutif départemental avant 2004, et tous les élus au
pouvoir depuis 2004 sont responsables de cette situation. Au même
titre, d’ailleurs, que le personnel d’encadrement de la CDM qui
savait et qui na rien dit ou qui ne savait pas (c’est encore plus
grave) et ne pouvait rien dire. Au-delà de l’incompétence des uns
ou des autres ou de la volonté de ne pas se « mouiller »,
c’est cette attitude de cour chère à LOUIS 14 qui semble
dangereux. Cette proximité qui existe entre cadres techniques et
élus est très préjudiciable quand elle n’est pas mise au service
de l’intérêt général, car au lieu de promouvoir des agents
compétents, formés, et qui en veulent, se sont plutôt les
courtisans qui ne pensent qu’à leurs proches, qu’à leurs futurs
investissements personnels, qui sont promus au rang de « noblesse
de cour ». Une compétition de titres et de positionnement
s’est installée au détriment du service à rendre à la
collectivité. Tout le monde veut être chef, directeur, responsable
de ceci et responsable de cela. Tout le monde veut être nommé chef
de bureau pour des primes même s’il n’y a pas de cohérence
globale dans l’organisation du service auquel on appartient. Une
chasse aux primes et aux honneurs est lancée. Cette chasse à cour
remplace la notoriété du village. Les logements et les voitures de
fonction sont attribués sur la seule base affinitaire. Tout le monde
veut en profiter comme s’il s’agissait d’un festin. La logique
de positionnement et de classement suit son cours. Les services
s’organisent en fonction de ce que chaque agent peut gagner et non
sur la base de finalités fixées par la collectivité dans le cadre
d’une stratégie de projet. Ce genre de comportement (se placer
pour avoir le meilleur salaire) pourrait se justifier en raison du
faible pouvoir d’achat local (SMIC net au tour de 900 euros). En
même temps, une armée mexicaine n’a jamais gagné une guerre. Il
faut, certes, des hommes au combat, mais sur la base d’une
organisation structurée, hiérarchisée où chacun sait ce qu’il a
à faire, où chacun est à sa place.
Une organisation est, aussi, au
service d’une politique, au service de priorités fixées par des
politiques légitimés par le suffrage universel et par le vote des
citoyens. Les techniciens doivent être au service des élus sur la
base d’une feuille de route claire. L’efficacité et l’efficience
de nos politiques publiques nous obligent désormais à nous appuyer
sur plusieurs outils de gestion : l’audit interne, le contrôle
interne, le contrôle de gestion, l’évaluation des politiques
publiques, des indicateurs fiables, des tableaux de bord, un système
d’information généralisé (SIG). Nous avons besoin de tout cela à
chaque niveau de collectivité pour anticiper et agir sur le long
terme. Nous ne pouvons pas non plus ne pas tenir compte de certains
ratios stratégiques comme : la dette par rapport à la
population, l’annualité de la dette par rapport aux recettes
réelles de fonctionnement, l’épargne nette, les encours de la
dette par rapport aux recettes réelles de fonctionnement, la
capacité de désendettement, le coefficient de mobilisation du
potentiel fiscal, le taux d’épargne brut, les dépenses réelles
de fonctionnement rapportées à la population, le niveau du service
rendu, le poids du personnel par rapport aux dépenses réelles de
fonctionnement, la part de l’investissement dans le budget. Tout
citoyen peut, aussi, s’adresser à sa commune, à son département
afin de pouvoir disposer du budget et des annexes de sa collectivité
et ce conformément à la loi (loi ATR de 1992).
Il est vrai, aussi, qu’en
l’absence des minimas sociaux, la tentation est grande pour les
collectivités de vouloir embaucher à tout va afin de jouer le rôle
de filet de sécurité. En même temps, on ne peut pas continuer à
embaucher du personnel sans missions car le risque est grand de
réduire à néant nos marges de manœuvre pour l’avenir. On ne
peut pas non plus laisser sans ressources toute une partie de la
population. D’où le dilemme. C’est un problème de solidarité
nationale qui se pose ici. Le secteur privé devrait aussi être
aidé et accompagné dans la création de la richesse locale. Il
appartient à l’Etat d’apporter les moyens nécessaires afin de
permettre aux indigènes de survivre à défaut de pouvoir rêver. Il
nous appartient aussi, nous les indigènes de la République, de
nous débrouiller pour nous en sortir par nous même sans trop
attendre de Paris. Cela s’appelle de la responsabilité. Il
n’appartient pas aux collectivités locales de faire du social sans
transfert de moyens financiers correspondants. Certes, le social est
la principale activité d’un conseil général, certes il ne
fallait pas laisser nos mères, nos sœurs et nos frères mourir de
faim, mais sans moyens correspondants, tout n’est que bricolage.
Il nous faudrait et très vite ce schéma d’ensemble qui permettra
à tout un chacun, à son niveau, de faire ce qu’il a à faire dans
l’intérêt du collectif tout en promouvant la réussite
individuelle, créatrice de richesse.
Le personnel de nos collectivités a
besoin d’être motivé. Beaucoup se rendent au travail juste pour
« faire les heures » en attendant la paie du mois. Les
jeux de carte sur ordinateur servant de tâches. Une machine qui
s’engraisse pour elle-même sans se projeter est fatalement
condamnée. Beaucoup d’agents veulent s’impliquer dans le cadre
d’une politique, d’une stratégie de développement du pays. Ils
attendent des signes et surtout un cap. Où nous allons et comment
s’organiser pour y arriver? La motivation du personnel passera
par la réponse qui sera donnée à cette question. Sans adhésion du
personnel, aucune réforme n’est possible. Le bâton, seul, ne
résoudra pas tout.
Revenons sur la chute du mur de
Berlin et parlons de la chute d’un mur à Mayotte, celle du mur
symbolique de la départementalisation. Ce mur ou ce plafond de verre
s’est effondré le 29 mars 2009. C’est la fin d’une histoire de
50 ans de lutte pour Mayotte française. 50 ans de lutte pour que
Mayotte devienne un département français. 50 ans de lutte pour un
non retour de Mayotte aux Comores et pour un encrage définitif à la
France. C’est fait. Nous venons de tourner une page, nous devons
ouvrir d’autres pages. Une génération a fait son « job ».
A nous de faire le nôtre dans l’intérêt de la prochaine
génération qui ne devrait pas être condamnée par nos propres
turpitudes ou par notre égoïsme. Pendant des années, aucun débat
n’a été possible. Seule prévalait, la revendication du statut de
département d’outre-mer. Des années durant, nous sommes passés à
côté d’une stratégie cohérente et appropriée par les
autochtones de développement économique, social, culturel,
environnemental… On nous a toujours dit que le statut de
département viendrait comme par magie régler tous nos problèmes.
Nous nous apercevons aujourd’hui que le pacte gouvernemental pour
la départementalisation que nous avons validé le 29 mars 2009 nous
engage sur une période d’au moins 25 ans. Nous avons 25 ans pour
construire ce que nous voulons. Nous avons 25 ans pour bâtir de
nous-mêmes la société que nous voulons léguer à nos enfants et
nos petits enfants.
Nous devons résoudre plusieurs
crises : politique, économique, financière et fiscale,
sociale, culturelle, environnementale et surtout une crise de
jeunesse. A chaque niveau d’intervention, il nous faudra régler la
question de l’immigration en générale et de l’immigration
clandestine en particulier. Une seule priorité devrait nous animer :
quel est le modèle de société que nous voulons bâtir s’appuyant
sur la richesse de notre culture et sur un environnement régional
politiquement instable et constituant économiquement des débouchés ?
La situation actuelle n’est que le résultat d’une absence de
stratégie de développement du territoire de Mayotte. Cet échec est
collectif. Nous ne pouvons plus continuer à penser qu’à nos
intérêts individuels au lieu de penser à l’intérêt de la
société mahoraise qui a longtemps fait confiance à ses « élites ».
Cette société nous regarde. La nouvelle génération que nous
représentons n’a pas le droit de décevoir toute une population
qui a cru à un idéal, le statut de département d’outre-mer. Cet
idéal aujourd’hui validé par le vote du 29 mars 2009 est
peut-être une fin pour la génération qui s’est battue depuis
1958. Ce vote constitue pour nous, un début, un commencement d’une
nouvelle page de l’histoire que nous devons écrire nous même.
Nous n’avons encore rien fait. Nous avons géré les affaires
courantes et nous avons accompagné une volonté qui était celle de
nos parents. A nous d’agir maintenant et pour les prochains 25 ans
pour nos enfants. Cet avenir nous appartient et nous devons le
construire. A nous de dévoiler notre projet de société. Accepter
des millions d’euros de Paris sans rien changer à notre mode de
gouvernance, sans rien changer à nos habitudes suicidaires, c’est
continuer à foncer dans le mur en klaxonnant et en accélérant. Les
manifestations de la Petite terre ne sont que la corde, le bœuf suit
derrière si rien n’est fait pour inverser la tendance. Une
conférence des Nations Unies sur le climat vient de se terminer à
COPENHAGUE. Qu’est-ce que nous savons des conséquences du
réchauffement climatique concernant Mayotte ? Est-ce que notre
île sera toujours la même dans 50 ans si les températures venaient
à augmenter de 2 degrés ? Faire de la prospective, c’est
s’occuper de l’avenir. C’est aujourd’hui et maintenant que
cet avenir se construit.
MOINDJIE. Mohamed
Réaction d’un citoyen.
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